Journalisme européen : être à Bruxelles (ou pas)

Posted on 11 novembre 2011

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Faut-il être basé à Bruxelles pour bien traiter l’actu européenne ? Les europhiles français se plaignent d’être moins bien pourvus en « journalistes européens » que leurs voisins britanniques, un comble ! Il y a à peine 50 journalistes français à Bruxelles, contre 130 British…

Samedi 5 novembre, l’émission Le secret des sources, sur France Culture, opposait les visions de Jean Quatremer, journaliste à Libé, et de François-Xavier Piétri, chef du service économique et social de TF1. Le premier est correspondant permanent à Bruxelles, d’où il alimente très régulièrement un blog qui fait référence. L’autre revendique un traitement minimaliste de l’actu européenne, suivie depuis Paris.

François-Xavier Piétri : « TF1 n’a pas de correspondant permanent à Bruxelles. L’actu européenne ne nous intéresse à TF1 que quand elle touche directement les Français. En politique européenne, ce sont souvent les gouvernements nationaux qui décident. Donc on va voir directement à Paris. De toute façon, quand il y a le feu à Bruxelles, par exemple une réunion entre Sarkozy, Merkel et Lagarde, pas un seul journaliste ne peut y assister ! »

Jean Quatremer : « Dans la crise actuelle, les choses se passent entre les capitales européennes. Mais peut-on la traiter en étant à Paris ? Je ne le crois pas. Les sources sont un investissement, un travail de terrain. Ce n’est pas en trois jours qu’on va devenir un hyperspécialiste de l’Europe. On ne peut pas faire une dichotomie entre l’info bruxelloise et nationale. Il faut avoir un pied à Bruxelles et un pied dans les capitales. »

François-Xavier Piétri : « L’actualité européenne c’est assez immatériel, souvent assez abscond. Notre problème est de la mettre en image, et de savoir ce qui va intéresser le téléspectateur.

Jean Quatremer : « Ce reproche de complexité, on ne le fait pas en Grande-Bretagne ou en Allemagne. Et personne ne le fait pour les institutions françaises, pourtant personne ne connait les rouages de l’Assemblée Nationale, ni les pouvoirs des départements en détail. »

François-Xavier Piétri : « Avoir un correspondant est intéressant parce qu’il va restituer l’actu européenne en tant que telle, mais ce n’est pas elle qui nous intéresse, c’est sa traduction pour les Français. Et ça, c’est rarement à Bruxelles qu’on l’apprend.»

Jean Quatremer : « Mais comment savoir si un sujet est trop technique ? Comment savoir, si on ne suit pas heure par heure, quels sont les angles, qu’est-ce qui va intéresser les Français ? Ce n’est pas quelqu’un à son bureau à Paris qui peut décréter que l’Europe c’est ennuyeux et que ça n’intéresse pas. Un des problèmes fondamentaux des journalistes est qu’ils ne s’investissent pas dans l’actualité européenne. Ils sont débordés, et recopient des communiqués de presse. Une fois qu’on y a passé du temps, on peut restituer cette actualité de manière intelligible. »

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Crédit photo : Flickr

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