Les paquets de riz de l’UE sont bien arrivés aux Restos

Posted on 29 novembre 2011

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Ouf ! Le programme européen d’aide alimentaire aux plus démunis (PEAD) est maintenu jusqu’en 2013.

Mardi, 14 heures, à deux pas de Bastille. Le relais des Restaurants du cœur de Faidherbe-Chaligny a ouvert ses portes il y a une heure, et la queue s’étire toujours dans la rue. C’est l’affluence pour l’ouverture de la 27e campagne d’hiver des Restos du cœur. Des bénéficiaires de tous âges s’inscrivent dans le calme et remplissent leurs chariots à roulettes de café, couches-culottes, tortellinis au fromage, boîtes de cassoulet… Parmi les cartons de produits distribués, certains sont siglés d’un drapeau européen.

« 20% de nos stocks viennent de l’Union européenne », confirme Jean-Paul Philippe, le gérant, entre deux déchargements de camion. Il s’agit là du PEAD, le Programme Européen d’Aide aux plus Démunis. Des produits à base de bœuf ou de céréales, de l’huile d’olive, du beurre, du lait en poudre, du riz, du sucre… En tout, ces livraisons représentent 23% des stocks de nourriture pour les restos, 33% pour la banque alimentaire, et 50% pour le secours populaire.

Aujourd’hui, les étagères sont bien garnies. Pourtant, il y a deux mois, c’était loin d’être gagné. En fait, les médias et ONG avaient quasiment enterré le PEAD, sans s’embarrasser de conditionnel. Exemple sur BFMTV (Les Restos du Coeur menacés par la fin du PEAD) ou sur lemonde.fr :

De fait, le PEAD semblait alors mal en point. Pour comprendre pourquoi, il faut revenir à sa source.

D’où vient le PEAD ? Au départ, c’est une idée de Coluche, qui constate, en 1986, un an après avoir fondé les Restos, que les stocks alimentaires européens résultant de la Politique Agricole Commune (PAC) dorment dans des hangars. A l’époque, mieux vaut stocker les surplus que vendre, pour cause de régulation des prix. Grâce à Jacques Delors, alors Président de la Commission, le PEAD est mis en place en 1987 : la moitié des stocks sont alloués aux associations.

Le PEAD a bénéficié à 19 pays et 18 millions d’européens depuis lors.

Seulement voilà, depuis Coluche, la PAC a bien changé. Les niveaux de stocks ont considérablement baissé, et des achats de denrées sont devenus nécessaires pour pallier. Le budget du PEAD atteint 500 millions d’euros. « C’est trop », disent les Etats, Allemagne, Suède, Danemark ou Royaume-Uni, qui contribuent au financement mais n’en bénéficient pas. Pour eux, l’aide aux plus pauvres est une affaire nationale. En Allemagne, par exemple, les invendus des supermarchés sont donnés aux associations.

Conséquence : une réduction de 80% du PEAD est programmée pour janvier 2012. Il aura fallu six mois de discussions pour que Bruno Lemaire, ministre de l’agriculture français, poste ce tweet triomphant, le 14 novembre dernier :

L’Allemagne a accepté de continuer à payer pour deux ans… à condition que le PEAD cesse en 2014. D’ici là, les restos et les autres devront trouver des solutions pour assurer leurs stocks, ou préparer de nouvelles négociations. On est en tout cas passés tout près d’un beau scandale : difficile pour l’opinion de comprendre que l’UE renonce à un plan destiné aux plus pauvres en pleine crise.

Dommage que les médias n’aient pas relayé la bonne nouvelle – le maintien du PEAD – autant qu’ils ont agité le chiffon rouge – ce qui était par ailleurs nécessaire.

Photos Benoît Berthelot

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